IMAGE [maj'] n. f. (lat. imago). Apparence visible d'une personne ou d'une chose par l'effet de certains phénomènes optiques : Les sens transmettent à l'âme l'IMAGE des objets. Avant l'âge de raison l'enfant ne reçoit pas des idées, mais seulement des IMAGES. (J.-J. ROUSSEAU.) // Représentation d'une personne ou d'une chose réfléchie dans un corps poli : Voir son IMAGE dans une fontaine. Les miroirs plans donnent l'IMAGE des corps avec leurs dimensions naturelles. (Buffon.) ; et au fig : Le visage est l'IMAGE de l'âme. // Représentation d'une personne ou d'une chose par l'art : IMAGE dessinée, peinte, gravée, sculptée. // Représentation des divinités, des saints : Les iconoclastes s'élevaient contre le culte des IMAGES. // Petite estampe représentant un sujet religieux ou autre : Livre où il y a de belles IMAGES. Les anciennes IMAGES d'Epinal. // Par anal. Description : L'IMAGE de la paix s'oppose souvent au tableau de la guerre.
- fig. Ressemblance ; ce qui imite, reproduit, donne l'idée de... Les hommes font Dieu à leur IMAGE. (Voltaire.) Enfant qui est l'IMAGE vivante de sont père. La chasse est une IMAGE de la guerre.
- Représentation d'une personne ou d'une chose dans l'esprit, l'imagination : Son IMAGE me suit partout.
Je me fait de sa peine une IMAGE charmante.
Racine.
// Par extens. Idée : Il était agité par les IMAGES du malheur qui le menaçait.(Vaugelas)
- Loc. DIV. Etre sage comme une image, Etre fort calme, posé, tranquille. // C' est une belle image, Se dit d'une personne froide, dont la physionomie est dépourvue d'expression. // On amuse les enfants avec des images, se dit ironiquement à ceux qui nous veulent leurrer par de vaines paroles.
- Bibliogr. Livre d'images, Livre qui contient des estampes imprimées dans le texte ou tirées à part.
- Litter. Métaphore, figure qui rend une idée plus vive, plus sensible, en prêtant à l'objet dont on parle des formes, des apparences empruntées à d'autres objets : Expression qui fait IMAGE. // Description : Opposer l'IMAGE des combats au tableau de la vie pastorale.
- Mathém. Image d'une courbe tracée sur une surface, D'après Gauss, Lieu des points d'une sphère fixe où les rayons correspondants sont parallèles aux normales à la surface, le long de la courbe donnée.
- Optiq. Images blanches, Images secondaires, qui, dans un instrument à réflexion, dont les glaces n'ont pas les faces parallèles,viennent se projeter sur la première et la troubler. // Chacune des photographies dont est composé un film.
- Physiq. Reproduction d'un objet par l'effet de certains phénomènes d'optique : Regarder son IMAGE dans un miroir. // Image réelle, Image virtuelle. V. la partie encycl.
--SYN. Image, effigie, figure, etc. V. EFFIGIE.
- ENCYCL. Antiq. rom. On nommait chez les Romains, droit d'image le privilège, possédé par les nobles, de conserver dans leur atrium et d'exposer dans certaines cérémonies les portraits de leurs ancêtres qui avaient exercé des magistratures curules. Quand les magistratures curules furent accessibles à la plèbe, il se format une noblesse plébéienne qui eut le "droit d'image". Les images étaient le plus souvent des bustes, en cire peinte, exécutés d'après un moule pris sur le défunt. Aux funérailles, ces images accompagnaient le convoi. Les images des empereurs vivants figuraient sur les enseignes des légions, qui leur rendaient un culte. Le refus de cet hommage d'un caractère religieux fut cause du martyre de nombreux soldats chrétiens.
- Archéol. On appelait au moyen âge, images toutes les figures sculptées ou peintes. Indépendamment des grandes images qui ornaient les églises et les palais, les images meublantes de petites dimensions formaient le grand fond de l'imagerie. Ces dernières étaient le plus souvent dans les appartements, renfermées dans de petites armoires dont les vantaux étaient eux-même peints et sculptés. Dans les chambres à coucher, il y avait presque toujours, au moyen-âge, une image de la Vierge, de Jésus-Christ et du patron de l'habitant (XVe et XVIe s.). Les tablettes sculptées à deux ou trois panneaux, diptyques ou triptyques, étaient destinés à décorer les ruelles de lit, les prie-Dieu, les oratoires. Au XVIe siècle, les images peintes sur émail, à Limoges, remplacèrent les images à volets en ivoire. Au XIIe et au XIIIe siècle, on prisa extrêmement les images ouvrantes, c'est à dire des statues ou statuettes s'ouvrant par le milieu et laissant voir, dans leurs intérieur, soit des reliques, soit des scènes sculptées.
- Littér. L'image, dans le style, donne à une idée abstraite la forme d'un objet sensible; elle remplace une énumération d'idée par une série de tableaux. Un grand nombre de mots constituent de simple métaphores, et le vocabulaire poétique en est abondamment pourvu; la langage familier même en fait un usage dans foule de locutions. Mais c'est dans la poésie surtout que la pensée est revêtue d'une image qui lui donne sa forme, sa couleur et son relief.
- Physiq. Lorsque les rayons lumineux, issus d'un point éclairé, subissent des réflexions ou des réfractions, l'observateur ne voit plus le point lumineux, mais voit son image. Dans tous les cas, l'oeil reçoit un faisceau plus ou moins étendu de rayons lumineux divergents, et le point d'où part ou semble partir ce dernier faisceau est l'image du point lumineux. L'image que l'oeil aperçoit est dite réelle chaque fois qu'elle peut être reçue sur un écran placé au point même où cette image se forme; elle est virtuelle, au contraire, lorsque le faisceau semble diverger d'un point par lequel les rayons n'ont cependant pas effectivement passés; en d'autres termes, l'image ne pouvant être reçue sur un écran placé au point considéré est virtuelle. La sensation produite sur l'oeil est la même, que l'image soit réelle ou virtuelle. Les appareils destinés à aider la vision ont pour but de substituer aux objets leurs images, formées dans des conditions telles que l'observation en soit plus facile.
- Relig. Culte des images. La loi de Moïse prohibait le culte des images représentant la divinité. Les premiers chrétiens, dès le IIIe siècle, honorèrent des images de Jésus-Christ et des martyrs. Niée par les iconoclastes, au VIIIe siècle, la légitimité du culte des images fut proclamée par le deuxième concile de Nicée (787). Elle fut de nouveau attaquée par les cathares, au XIIe siècle, et par les protestants au XVIe. La doctrine catholique est exposée dans un décret du concile de Trente : "Il faut garder et retenir les images de Jésus-Christ, de la sainte Vierge et des autres saints,... parce que l'honneur que l'on rend aux images se rapporte aux originaux qu'elles représentent."
Source : LAROUSSE DU XXe SIECLE (1931)